La centrale photovoltaïque du Mont-Bouquet

Au quatrième trimestre 2014, le Languedoc Roussillon constitue la troisième région française en termes de puissance raccordée au réseau et de production d’énergie solaire (+ de 74 WM de raccordements au cours des trois premiers trimestres), soit 26 475 installations raccordées au 30 septembre 2014.

Dans son numéro 20 du mois de janvier 2015, le journal d’Alès Agglo consacre d’ailleurs deux pages (pp 12/13) sur le photovoltaïque par rapport à des installations déjà réalisées ou des projets en cours de concrétisation ou d’étude.

Une ressource d’énergie naturelle en constant développement ces dernières années, mais vous souvenez vous pour celles et ceux qui l’ont connu, ou le saviez vous pour les autres, que notre village fut porteur d’un vaste projet de centrale photovoltaïque, abouti et réalisé en 1983 ? 710 modules incrustés de plus de 50 000 cellules photovoltaïques, sur 700 m2 de superficie installés au Mont-Bouquet !

Comme pour le relais TDF implanté sur ce même site, c’est une nouvelle fois par le témoignage de Monsieur Bernard Creusot, qui nous a également fourni les informations, les images et articles de presse parus dans Midi Libre à cette époque, que nous pouvons vous relater cet événement marquant de l’histoire de Brouzet.

La centrale photovoltaïque expérimentale du centre émetteur Télédiffusion de France d’Alès– Mont-Bouquet, constituait l’un des quinze projets pilotes du plan photovoltaïque européen lancé en 1980 par la Commission des Communautés Européennes. Il représentait l’une des quatre installations implantées sur le territoire français dans le cadre de ce plan avec celles de :
– l’aéroport international de Nice Côte d’Azur ;
– le village de Paomia en Corse ;
– le village de Kaw en Guyane.

Photowatt International S.A. a assuré la maîtrise d’oeuvre de ce projet ainsi que de la centrale de l’aéroport de Nice Côte d’Azur. Le financement de cette installation avait alors été assuré par :
– la Commission des Communautés Européennes pour 34 % ;
– l’Association Française pour la Maîtrise de l’Énergie pour 46 % ;
– Télédiffusion de France pour 10 % ;
– Photowatt International S.A. pour 10 %.

Le projet consistait à utiliser l’énergie solaire au moyen de panneaux photovoltaïques pour l’alimentation de l’émetteur Télédiffusion de France, diffusant les émissions des trois chaînes ainsi que les émetteurs de radio en modulation de fréquence. Ces panneaux produisaient du courant continu en 220. Les études relatives à ce projet débutèrent au mois de janvier 1981. Sa réalisation représentait un investissement global de 6 877 500 francs, soit 1 048 468 € (en valeur monétaire du début des années 80).

Le site du Mont-Bouquet, outre sa position dominante et son émetteur de Télédiffusion de France, détenait aussi un terrain exposé plein sud, ne nécessitant pas d’entreprendre de trop importants travaux pour réussir cette implantation. Cet espace, auparavant destiné au stationnement des véhicules, fut donc mobilisé à cet effet, privant de fait le sommet du Mont-Bouquet de ce parking naturel et d’une partie de la route d’accès. Il engendra ainsi la modification de la route départementale, d’une nouvelle aire de stationnement équivalente à la précédente ainsi qu’une zone de retournement pour les chasse-neige que nous utilisons et empruntons encore aujourd’hui (voies et espaces goudronnés).

C’est au mois de mars 1982 que débutent les travaux de génie civil. 568 tubes de fixation des panneaux sont ancrés au sol au moyen de massifs de béton armé, coulés à même le sol. Un coffrage mobile assurant le rôle de gabarit de positionnement des tubes. Le terrain destiné à accueillir l’implantation du champ de capteurs constitue une bande de 15 m de large environ sur 140 m de long, orienté sud avec une déclivité de 6 %. À noter que ces travaux ont été mis en œuvre par des entreprises locales. Ils s’achèveront le 15 septembre 1982. Durant les six jours suivants, du 15 au 20 septembre 1982, la société Photowatt se charge de la mise en place des panneaux sur le champ.

Du 20 septembre au 10 octobre 1982 seront mis en place les 120 batteries, les onduleurs, les systèmes de régulation et automatismes. Les premiers essais du système solaire sur les installations TDF sont réalisés le 11 octobre 1982 et donnent des résultats encourageants. Diverses mises au point et améliorations du système solaire sont ensuite effectuées du mois d’octobre 1982 au mois de février 1983.

Nous arrivons enfin à l’une des dates les plus marquantes de l’histoire de notre village, le 19 mai 1983, jour de l’inauguration, en présence du ministre des PTT, Monsieur Louis Mexandeau, du président de Télédiffusion de France, Monsieur François Schoeller, du directeur technique de l’Agence Française pour la Maîtrise de l’Énergie, Monsieur Benjamin Dessus, mais également des personnalités locales : Un sénateur, les quatre députés du département du Gard, un représentant du Conseil régional, le président du Conseil général du Gard, le conseiller général du canton de Vézénobres, le Maire de Brouzet, qui était alors Monsieur Jacky Burdo. Etaient également présents les représentants des entreprises qui ont effectué les travaux, et le personnel de TDF, dont Monsieur Creusot.

« Souvenir collector » ci-dessous de cette journée par un article de Midi-Libre, précieusement conservé par les soins de Monsieur Creusot :

Quelques mois plus tard, le 10 juillet 1983 :

Le sinistre ! Un incendie, dû semble-t-il aux para-foudres, détruit complètement les onduleurs, les systèmes de régulation, les automatismes, ainsi qu’une partie des installations de Télédiffusion de France. Les panneaux resteront sur le champ, où quelques-uns seront volés, d’autres seront la cible des chasseurs…

Les 120 batteries, quant à elles, seront entretenues (chargées et déchargées) jusqu’au mois de mars 1985, où elles seront démontées.

Le sort s’acharne !

Le 7 septembre 1985, un important feu de garrigue détruit 80 panneaux et en endommage 120 autres. Il en reste encore 450.

Janvier 1986 : Le projet solaire est relancé, notamment par la construction d’un bâtiment afin d’abriter les onduleurs et les systèmes de régulation. Il est basé sur une exploitation de 400 panneaux, au lieu des 700 installés lors de la phase initiale.

Hélas, quelques mois plus tard, en octobre 1986, la centrale photovoltaïque du Mont-Bouquet ne bénéficie plus du soutien de ses concepteurs, et notamment de Télédiffusion de France. L’histoire s’arrêtera sur ce regrettable bilan. D’autres panneaux seront encore volés et/ou saccagés.

Au mois de septembre 1991, les panneaux restants seront vendus à des particuliers. Des travaux de génie civil seront mis en œuvre pour remettre le terrain en état avant sa restitution à la Mairie de Brouzet comme prévu.

À noter : ce projet novateur pour l’époque, bien qu’il n’ait pas connu le succès escompté, victime du sort, avait pourtant suscité l’intérêt de pays arabes, de l’Allemagne, et même reçu la visite du 1er ministre de l’Inde !

Une image de la centrale photovoltaïque en 1983

L’Aire de stationnement au Mont-Bouquet aujourd’hui

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